De retour à Alger après une longue pause

Un mois, c’est le temps qu’il faut pour tout oublier, mais sans s’en  rendre compte!! Et puis aujourd’hui, je suis montée dans ma voiture pour faire des courses et des formalités!! Mmm une belle journée en perspective.

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Et c’est en roulant comme une grand-mère plus bien sûre de savoir où elle allait que je me suis rendu compte que j’avais vraiment perdu tous les repères difficilement acquis l’année passée. J’ai fait de petits périples dans la circulation et je dois avouer que je suis rentrée chez moi, un peu cuite par un stress de la conduite qui m’avait complètement abandonnée mais pas manqué…

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Bon, qu’à cela ne tienne, la ville était lumineuse, foisonnante et j’ai passé une journée merveilleuse.

 

L’Algérie se prépare à fêter l’Aid el-Kebir, prévue le 21 septembre et les rues sont effervescentes. Les pâtisseries traditionnelles sont bondées, on croise des béliers dans des fourgonnettes ou au pied d’un arbre et au cours de mes pérégrinations, j’ai fait de belles ou improbables rencontres.

Autour de la place du Martyr, une grande scène de concert a été installée pour l’occasion, les concerts se préparent, les musiciens répètent, les ingés-son font leur tests…
Les familles sont attablées au café et accompagnent les plus petits sur toutes sortes de manèges d’où les chansons fusent de la Danse des canards à Bismi Alla’h.

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Quant aux jeunes, que l’on dit si désoeuvrés, certains se régalent à faire du roller sur des pistes improvisées, d’autres se marrent entre potes, autour d’un portable, d’une vidéo peut-être…

Je découvre des bijoutiers magnifiques. J’ai reçu un petit cours sur l’histoire de la taille du diamant (connaissez-vous la taille en rose?) et sur les torchons de corail (la pêche du corail est strictement interdite, ce que vous trouvez ce sont des stocks anciens mais là cet amas que vous voyez n’est pas monté, ce sont des perles un peu comme ça, on appelle cela un torchon…).

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Il y avait aussi des céramistes traditionnels, des boutiques de vêtements féminins qui brillent, des échopes de guitares classiques et de oud et même une artisan chocolatière cachée dans un recoin de la galerie.

Mais aujourd’hui, je crois que je n’oublierais jamais deux rencontres improbables. La première avec un éleveur de chardonneret, connu en arabe comme étant l’oiseau du bien/ de la beauté (« taer el hassoun ») mais ici on dit le « maknine ». J’avais en tête un documentaire de France Culture, sur cet oiseau si prisé et à l’époque j’avais eu le sentiment de vraiment très mal connaître l’Algérie pour n’en avoir jamais vu…  Tout le documentaire m’est alors revenu en mémoire et sans avoir trop investigué auprès des jeunes hommes qui accompagnaient les passereaux, j’ai eu le sentiment que ces petits étaient à vendre mais pas ici, non pas au vu de tous… Ils m’ont parlé du chardonneret et du bonheur que procure cet oiseau « si tu lui fais du bien, il te fait du bien! », de son chant bien sûr. Il protège la maison en quelque sorte. Aujourd’hui, ce passereau est en voie de disparition et donc d’autant plus prisé…

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J’ai poursuivi ma route en me posant de nombreuses questions sur cette rencontre et ai regretté de ne pas avoir posé deux ou trois questions de plus mais la timidité m’a retenue. Après tout, je ne mène pas d’enquête, ni ne suis journaliste… Alors j’ai poursuivi, je suis rentrée dans des boutiques, j’ai papoté et surtout j’ai adoré ça. Puis en faisant une toute dernière course à Sidi Yahia, je suis tombée sur jeunes garçons qui promenaient leurs béliers. Ils avaient l’air si fiers d’être suivis par ces bêtes dociles – l’un des deux avançait sans même être tenu – alors comment ne pas leur demander de prendre la pose.

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Je n’ose pas penser à la suite, ni au sacrifice, ni à la reprise effective de mon quotidien un peu foufou. En revanche, je suis certaine que je garderai en tête le sourire de ces jeunes garçons et suis rentrée chez moi heureuse d’avoir retrouvé Alger.

 

 

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Ghardaia et la vallée du Mzab

Je vous ai longuement parlé de mon tapis dans cet article, et c’est bien cette histoire de tapis qui nous avons eu envie de remonter à la source pour savoir d’où il venait. On me parlait de Ghardaia comme d’un lieu unique, immuable, et en bons curieux, nous avons pris la route du sud pour nous  dépayser complètement. Je m’étais imaginée que je pourrais rencontrer des femmes tisserandes, découvrir d’autres motifs fantastiques, bref de tomber d’amour pour cette ville…

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Je dois dire que je ne m’attendais pas à un tel voyage. Les Mozabites, c’est-à-dire les Berbères de la vallée du Mzab mais qu’on retrouve par petites touches dans d’autres villes d’Algérie, ont des traditions fortes et ils les entretiennent avec ardeur.

Première surprise, les photos… Interdiction de photographier les habitants de la ville. C’est même avec une certaine virulence qu’un marchand du vieux ksar m’a grondé dès mon arrivée, lorsque j’ai armé mon appareil photo… OK, vous ne verrez que les étalages des boutiques…

Deuxième surprise, interdiction de pénétrer dans ces vieilles villes sans guide. Au moins eux acceptent d’être sur les photos… ça vous donnera une idée de la tenue traditionnelle des hommes mozabites. Reconnaissable entre mille: un petit chapeau blanc dont j’ai oublié le nom et surtout un sarouel accordéon.

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Troisième surprise, les femmes et leur voile blanc. Les femmes célibataires montrent tout leur visage, les femmes mariées ne montrent qu’un oeil. Pour autant ces femmes sortent seules le soir même lorsque la nuit est tombée. Autant vous dire que vous ne pourrez pas voir ces femmes-là sur mon blog… Si je savais dessiner, je les aurais croquées sur un carnet mais je ne sais pas faire!

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Heureusement que les ânes et les 4L acceptent d’être pris en photo, ça anime un peu les blogs de voyageurs décontenancés…

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Mais que diantre vient faire la 4L dans cette histoire? Eh bien, en arpentant les vieilles villes, en écoutant les histoires sur l’Histoire de cette ville, j’ai pu comprendre qu’il y avait également deux rois dans ces lieux. La 4L et le palmier!

La 4L n’est pas fragile, ne craint pas le sable et les tempêtes de sable peuvent être vraiment terribles à Ghardaia. Contrairement aux voitures modernes qui se grippent facilement avec le sable, la 4L se répare facilement, à un prix raisonnable, a la taille de coffre qui va bien et les mozabites ne voient partir les 4L à la casse que lorsque vraiment la voiture ne tient plus…

Quant au plamier, je crois qu’un post entier sur toutes les utilisations de cet arbre ne sera pas de trop!

En attendant, je garde le souvenir d’une ville rouge, avec de nombreuses ruelles étroites et anciennes qui ne ressemblait en rien à ce que j’imaginais. J’ai été déconcertée, étonnée, émerveillée notamment par les palmeraies et puis enchantée par cet étrange voyage. Je vous laisse avec quelques images. Dont deux images d’une mosquée très ancienne dont le Corbusier s’est inspiré pour réaliser la chapelle de Ronchan. Une petite photo de la palmeraie et Ghardaia en pleine tempête de sable… Je crois que cette sensation de fin du monde n’est pas pour rien dans mon sentiment d’étrangeté dans ce lieu…

 

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Et au fait, les tapis… ?? Alors les tapis sont magnifiques, je n’ai pas eu la chance de rencontrer de tisserandes mais sur la place du vieux ghardaia, les tapis sont rois… Faut y aller en fait, foncez! D’ailleurs, j’ai bien vu des boutiques parisiennes qui revendent ces merveilles à un prix délirant ne sachant pas d’où ils viennent ni comment ils sont faits, alors moi je dis, allez voir directement à Ghardaia!

Artistes algérois #3 – Saida B flowers

Saida est une fleuriste généreuse, dont l’atelier regorge de belles odeurs, de fraicheur et de douceur et de beauté.

J’ai participé à un atelier chez Saida où j’ai appris à faire un bouquet rond, un centre de table et je me suis régalée. Je me suis laissée porter par les fleurs et ai cru l’espace d’un instant que j’étais une pro du bouquet. C’était un beau moment, un très beau moment…

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Et voici ma réalisation. J’étais fière comme tout! Surtout, l’odeur de ces freesias… hmmm! Le bonheur.

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C’est l’histoire d’un tapis…

Ce tapis qui sert de bandeau d’ouverture à ce blog, c’est aussi celui qui sert de fond à mes photos. Celui a apporté une chaleur immédiate à notre maison lorsqu’il nous l’y avons installé. Celui que nous adorons tendrement.

Lorsque nous sommes partis en quête d’un tapis, nous avions un projet clair en tête: du sobre, peu de couleurs, le plus simple et passe-partout possible. Sauf que lorsque nous sommes arrivés dans le magasin, ce tapis ultra-coloré nous faisait de l’oeil. Nous avons bien tenté de déplier les crèmes, les unis, les neutres et autre passe-partout, c’est celui-ci qui nous attirait encore et toujours. Sans nous poser trop de questions, nous l’avons adopté à notre plus grande surprise et surtout pour notre plus grand plaisir!

 

 

Bien entendu, nous voulions en savoir plus sur ce tapis qui a su donner tout de suite de la chaleur à notre maison. Alors, nous sommes allés à Ghardaia sur les traces des femmes mozabites qui, à deux, ont mis un mois à tisser cette pièce. C’est vraiment la curiosité, la complexité de ce tapis, qui nous a fait choisir Ghardaia comme destination de vacances en février dernier.

Nous avons donc compris que ce motif était le motif de Beni Isguen, l’un des 5 ksars composant la ville de Ghardaia. Ghardaia, est une ville du centre de l’Algérie, première porte vers le désert. J’ai cru comprendre que  la tradition du tissage de tapis était une tradition des femmes mozabites et que ce motif de Beni Isguen était probablement le plus complexe de tous les motifs traditionnels.

D’ailleurs, il n’est qu’à voir le dessous du tapis pour comprendre que la composition des couleurs et la maîtrise sont exceptionnelles. Marcher pieds nus sur ces noeuds est un plaisir incroyablement relaxant!

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Artistes algérois #2 – Mohamed Belaid

Dans la série, artistes étonnants, Belaid tient un rôle à part à mes yeux. Autodidacte, Belaid a appris les techniques de la céramique et a fait le choix radical et courageux de faire de cette pratique artisanale, un art, son art.

Lorsqu’il nous a ouvert les portes de son atelier, il ne lui restait plus que quelques pièces à admirer. Toutes ses commandes venaient d’être enlevées pour rejoindre leur nouvelle demeure: sa série années 1930, sa série calligraphie arabe, quelques pieds de lampe, un vide-poche ou deux, des bols… Je vous laisse regarder…

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J’ai rencontré Belaid en visitant la boutique de Hassiba. Il y avait quelques pièces splendides en vitrine de la Dwira Chic et comme toujours à Alger, impossible de quitter un lieu sans être guidée vers un autre lieu!

En ce moment, l’artiste et son ami Mizo,artiste photographe, préparent une exposition à New York où leur travail sera présenté pendant un mois sur le thème North African Resonance.

L’accueil de chacun était tout à fait chaleureux, autant dire que je réfléchis ardemment à la manière d’accueillir une petite pièce ou deux de Belaid aussi!

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Et puis en quittant l’atelier de Belaid, nous ne sommes pas retournés directement chez nous. Nous avons été conduits vers l’atelier de Saida, fleuriste, douce, inventive et généreuse également…

 

 

 

Artistes algérois #1 – Hassiba

En arrivant à Alger, je rêvais de rencontrer des artisans, des artistes,et j’en ai rencontré quelques-uns! Oui, il y a beaucoup d’artistes talentueux, passionnés, modestes à Alger mais tellement généreux, qui vous ouvrent grand les portes de leur atelier!!

Surtout, ils ne manquent jamais de vous accompagner dans l’atelier d’un copain ou d’une copine artiste au lieu de vous raccompagner simplement à la porte… Vous croyez partir en vadrouille 2h et vous rentrez chez vous 6h plus tard en ayant presqu’oublier le projet de visite du départ… Trop bien!

Je ne vous cache pas que j’ai eu un peu de mal à sortir l’appareil, par peur d’offenser, de heurter, de révéler des choses en cours… Et puis un jour, j’y suis allée équipée et j’ai été accueillie avec un immense sourire et une gentillesse inouïe. C’est aussi et avant tout ça l’Algérie, des personnes généreuses.

Par qui commencer? Ou par quel bout commencer? Eh bien pour dérouler la pelote, je vais vous parler de la vitrine, celle de la Dwira Chic, la boutique de Hassiba Boufedji.

Hassiba est diplômée des Beaux-Arts d’Alger et pour fil conducteur d’allier design contemporain et artisanat traditionnel algérien. Ces objets sans vie, que la modernité a fait tomber dans les oubliettes, Hassiba les retrouve et les marie à merveille.

Ici, on aperçoit des palmiers transformés en guéridon, des tapis qui deviendront banquette, ou encore des bracelets de pied des Aurès devenus pochettes.

Dans son atelier, que j’ai eu la chance de visiter, j’ai aperçu des banquettes, créés à partir de tapis anciens et des poufs prêts à être livrés, des prototypes de poufs en cours d’élaboration et d’amélioration.. Ces poufs sont faits de tapis traditionnels qui recouvraient le lit de la mariée. Une caverne d’Ali Baba et une leçon sur l’histoire et la diversité algérienne.

J’aime son goût pour la couleur, sa disponibilité, sa créativité. Ces motifs géométriques et traditionnels sont tellement modernes, voyez par vous-mêmes.

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Chez Hassiba, dans la vitrine de sa boutique, il y avait deux très beaux vases déconstruits et colorés de Belaid, son ami céramiste. Et nous voilà embarqués pour un deuxième voyage, embarqués par Hassiba…

3 ans…

Il m’aura fallu trois ans pour terminer cette petite bête. Mon premier quilt, mon premier patch, ma première grande pièce. Colmar!

Il y a trois ans, est-ce que j’imaginais qu’il me faudrait autant de temps pour faire cette pièce? Non, assurément, je pensais qu’une année suffirait, largement.

Est-ce que je suis satisfaite de cette pièce? Techniquement, je pense qu’il y a  beaucoup à revoir mais c’était le premier, j’ai tout aimé, j’ai eu mal au doigt, au dos, j’ai raté, j’ai cru ne jamais pouvoir aller au bout sans désarmer pour auant mais au final, je trouve qu’il a de la tenue ce petit Colmar. Et puis je suis allée au bout!

Et puis en trois ans, il m’en est arrivé des choses: des bienvenues, des adieux, des rapprochements, des éloignements, des déménagements, un nouveau pays, c’est bien une vraie tranche de vie qui s’est écoulée pendant ses trois.

Merci Nathalie

IMG_2340En revanche, prendre des photos de quilts, c’est pas fastoche. Va falloir s’entraîner…